Ia orana,

Aujourd'hui je vous présente un pèle-mêle en sable que j'ai réalisé pour répondre à une demande. Le cahier des charges était le suivant : un tableau de sable pour y insérer des photos avec des motifs de fleurs façon tatouages polynésiens.

J'avoue qu'au départ, je n'étais pas très inspirée... J'ai opté pour du noir et blanc de façon à pouvoir mettre n'importe quel type de photos. Un tableau colorée aurait demandé automatiquement une sélection très précise des photographies. Pour les fleurs, bien évidemment, il ne pouvait s'agir que de fleurs locales la Tiare Tahiti , la Tiare Apetahi, l'hibiscus et le tipanié (ou fleur du frangipanier), mais j'ai allégé les motifs pour ne pas avoir quelque chose de trop chargé. Enfin, lorsque l'on vit sur une île, il est facile de trouver la matière première principale : le sable. Néanmoins, le sable de Tahiti est gris anthracite. J'ai donc utilisé du sable blanc de Mururoa que j'ai teinté avec de la gouache noire et en ce qui concerne le sable blanc ou plutôt crème, je dois remercier mon amie Olga qui m'a donné du sable de Moorea car le mien n'était pas lavé, séché et tamisé ( eh oui, il y a quand même une petite logistique à mettre en place avant de commencer un travail utilisant des matières premières naturelles.

Voici donc le tableau et quelques détails :

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Au fait, connaissez vous la différence entre la Tiare Tahiti et la Tiare Apetahi ?

La Tiare Tahiti ou Tiare Maohi est présente sur l’île de Tahiti, bien sûr mais aussi dans toutes les îles de la Polynésie française. Elle en est devenue l’emblème incontournable. Rassemblée en somptueux colliers ou plus simplement offerte en bouton, les visiteurs la reçoivent en signe de bienvenue à Tahiti et ses îles.

 Maisquels sont tous les mystères de la Tiare Tahiti : son origine, ses étonnantes propriétés, les nombreuses légendes qui l’entourent et les multiples usages qui en sont faits ?

Pour les botanistes :

La Tiare Tahiti est la fleur issue de l’espèce végétale Gardenia Taitensis appartenant au genre Gardenia, lui même inclus dans la famille des Rubiaceae. Une classification faite par les botanistes qui « rangent » toutes les espèces végétales connues en famille, genre puis espèce.

 La famille des Rubiaceae

Elle comprend plus de 10 000 espèces végétales réparties en 600 genres. Ce sont des arbres, buissons, lianes ou plantes herbacées des régions tempérées et sub-tropicales, comme la Polynésie française.
Parmi les membres illustres de cette famille végétale - au côté du Gardenia Taitensis - on peut signaler, le caféier (Coffea arabica), présent dans certaines îles polynésiennes mais également le célèbre noni (Morinda citrifolia qui est l’espèce la plus répandue).

 Le Genre Gardenia et Gardenia Taitensis

Dans la famille des Rubiaceae, les végétaux du genre Gardenia sont des arbustes et de petits arbres dits « sempervirents », car gardant leurs feuilles toute l’année. Poussant dans les régions tropicales à subtropicales, leur hauteur peut aller de 1 à 15 mètres. Parmi les 250 espèces de Gardenia, plusieurs se caractérisent par leurs fleurs très odorantes. Si l’espèce de Gardenia reine de la Polynésie française est bien le Gardenia Taitensis, on rencontre également le Gardenia jasminoides et le Gardenia thunbergia

Sa venue en Polynésie


  La Tiare Tahiti n’est pas, une espèce végétale endémique, c’est à dire uniquement présente dans les îles de la Polynésie française. Elle serait originaire de la Micronésie, ensemble d’îles situé entre l’Indonésie et les Philippines. Elle aurait donc été transporté lors des grandes migrations humaines qui ont conduit au peuplement des îles de l’actuelle Polynésie. Il y a quatre mille ans, une vague de peuplement,sans doute venue du sud-est asiatique, s’est déployée sur l’ensemble des îles mélanésiennes et micronésiennes. Puis, entre 1 000 à 1 500 av. JC, ces peuples dits « austronésiens » ont poursuivi leur migration plus à l’Est en Nouvelle-Calédonie et vers les îles de la Polynésie occidentale (les actuelles îles Fidji, Samoa et Tonga ). Poursuivant ensuite leur mouvement vers l’Est, ces peuples devenus polynésiens colonisent entre 700 et 500 av. JC, la Polynésie orientale (archipel de la Société, des Marquises, Hawaï et Cook). Ces migrations et ces déplacements entre les îles du Pacifique Sud ont été effectués à bord de grandes pirogues doubles. Au cours de ces périlleux voyages, les Polynésiens ont, amené avec eux, le Gardenia Taitensis, arbuste qu’ils ont planté arrivés à destination.

En Polynésie parce qu’il est privé de ses insectes pollinisateurs, le Gardenia Taitensis ne se reproduit qu’exceptionnellement par graines, de façon naturelle. Les Polynésiens l’ont donc implanté et répandu dans leurs îles par bouturage et marcottage. Plante la plus emblématique de la Polynésie française et de son milieu naturel, la Tiare Tahiti doit donc pourtant sa présence et son statut à l’intervention humaine et plus particulièrement à celle du peuple mao’hi.

Une fleur magnifique

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J'ai la chance d'avoir un arbre de Tiare Tahiti dans mon jardin. Cette fleur a une  particularité étonnante au point de vue botanique : sur un même arbuste, les fleurs peuvent avoir de 5 à 8 pétales. De plus, le Gardenia Taitensis fleuri toute l’année ! Cependant, les fleurs sont beaucoup plus nombreuses pendant la période de l’été austral, c’est à dire d’octobre à janvier (dans l’hémisphère sud où se situe la Polynésie française, les saisons sont inversées par rapport à l’hémisphère nord !). Durant ces périodes particulièrement propices, les Tiare se couvrent littéralement de fleur : jusqu’à 40 par jour et par arbuste !
La Tiare Tahiti est toujours cueillie à la main car il faut choisir avec discernement pour la récolter au bon stade : ni trop éclose, ni trop en bouton. Ces cueillettes se font tôt le matin, dès 5 heures. Une fois éclose, la fleur de Tiare Tahiti brunit assez rapidement sous les assauts du puissant soleil tropical. Sa beauté n’a donc d’égale que son caractère éphémère ! Après avoir été cueillies délicatement, les Tiare Tahiti sont souvent enveloppées dans des feuilles de auti, qui en assurent une conservation meilleure que des conditionnements modernes

Son parfum

La Tiare Tahiti dégage des senteurs suaves et capiteuses. Exhalant ses subtils parfums quand le soleil brille, elle évoque immanquablement les îles des mers du sud qui la voient naître. Mais elle est aussi évocatrice de l’amour et du romantisme. De quoi faire perdre la tête ! C'était apparemment un de ses usages favoris dans les temps anciens, si l’on en croie Charles Teriiteanuanua Manu-Tahi : « Quand les hommes de haut rang se mariaient, leur maison et leur couche étaient tapissée de cette fleur pendant 30 jours. Le parfum des fleurs entassées en grande quantité dans un seul lieu donnait aux amoureux le secret de la plénitude du Dieu Atea [ dieu créateur de l’espace et du temps dans la religion traditionnelle polynésienne ] qui s’empressait de les transporter vers son dixième ciel où le cycle de la vie se poursuit malgré nous ».
La richesse aromatique et les senteurs sophistiquées de la Tiare Tahiti ont d’ailleurs conduit les parfumeurs et les maisons de cosmétiques à s’y intéresser de très près. Ils utilisent des substances obtenues après différents procédés de distillation de la Tiare Tahiti. Des entreprises polynésiennes se sont même développées autours de cette activité bien spécifique valorisant la fleur de Tiare dans ce qu’elle a de plus précieux.

Dans le domaine de la beauté et du bien être, l’une des principales utilisations de la Tiare Tahiti est constituée par le célèbre monoï de Tahiti. Obtenue en faisant macérer des fleurs de Tiare Tahiti dans de l’huile de noix de coco, cette huile est réalisée depuis des siècles par les Polynésiens.
La méthode ancestrale consistait à mettre directement en contact les pétales avec la pulpe fraîchement râpée de la noix de coco mûre. Après exposition au soleil, l’huile de coco suinte naturellement et l’huile ainsi parfumée aux senteurs du Tiare Tahiti est recueillie. Aujourd’hui, cette méthode est encore utilisée pour la réalisation de monoï artisanaux.

Au coeur du Monoï

Le monoï de Tahiti est labellisé, depuis 1992, par une AOC (Appellation d’Origine Contrôlée). Cette certification décernée par l’administration française et reconnue au niveau mondial en garantit la qualité et l’authenticité. Parmi les obligations imposées pour l’obtention de cette AOC figure l’origine des fleurs de Tiare Tahiti. Elles doivent impérativement provenir des îles de la Polynésie française. La Tiare Tahiti est donc au cœur du monoï de Tahiti contribuant grandement à ses qualités.
A noter que si le monoï est bien souvent utilisé pour hydrater la peau après une exposition au soleil, cet usage ne représente qu’une petite parti des emplois possibles. Pour prendre soin de leurs magnifiques chevelures brunes, les Polynésiennes utilisaient et utilisent toujours abondamment le monoï qui gaine le cheveu et le protège des agressions du climat et de la mer. Le monoï  est également  abondamment utilisé comme huile lors des massages. Témoignage fort des vertus et qualités attribuées à cette huile, les bébés tahitiens étaient autrefois oints de monoï dès leur naissance.

Un pillier de la médecine traditionnelle polynésienne

Parmi les nombreuses plantes utilisées dans le raau tahiti, la médecine traditionnelle polynésienne, la Tiare Tahiti figure en très bonne place. « La Tiare est celle que l’on rencontre le plus souvent dans les nombreux remèdes populaires dont les formules sont transmises de génération en génération » explique Paul Pétard, pharmacien polynésien et auteur d’un ouvrage de référence, Plantes Utiles de Polynésie, Raau Tahiti.
Tout en relevant, scientifiquement, l’absence de toxicité du Tiare Tahiti, il énonce les multiples usages médicinaux faits de la fleur soit au stade du bouton, soit épanouie.
Les Tiare Tahiti épanouies servaient, par exemple, contre les grippes et les bronchites ou comme remède pour les accouchées. Les boutons floraux étaient utilisés contre l’asthme, les convulsions ou les hémorragies après fausses couches, raau parari toara.
Paul Pétard indique, également, que les feuilles et les jeunes pousses du Gardenia Taitensis étaient également utiles. On apprend ainsi que les feuilles de Tiare Tahiti étaient indiquées contre les coups de soleil, raau ira puta mahana.
Ces prescriptions imposaient une grande précision de la langue pour décrire les différents stades de la fleur car à ces stades correspondaient des raau* différents.
Ainsi dans dix dénominations servent à décrire la Fleur de Tiare Tahiti. Par exemple, en Reo Ma’ohi, oteo, désigne le tout jeune bouton, ua uaa te tiare, la fleur venant juste de s’ouvrir et ua maro te tiare, la fleur séchée.
Cette importance du Tiare Tahiti en médecine traditionnelle pourrait bien expliquer pourquoi les navigateurs Polynésiens prirent la peine d’embarquer avec eux cet arbuste sur leur grande pirogue où la place était pourtant comptée.

Mythe et légendes


Si l’on en croit Teuira Henry dans "Tahiti aux temps anciens", il est fait référence à la Tiare Tahiti dans l'histoire polynésienne depuis très longtemps alimentant ainsi les mythes et légendes transmis de façon orale car la société polynésienne pré - européenne ne connaissait pas l’écriture.
La Tiare Tahiti figure à côté de plantes tenant un rôle primordial dans le quotidien des Polynésiens comme le uru - l’arbre à pain -, le cocotier, le mape, le tamanu,ou encore le banyan.

Presage lie a la Tiare Tahiti

D'après, Teuira Henry, lorsqu’une Polynésienne rêvait qu’elle cueillait et portait des fleurs de Tiare ouvertes, alors c'était le présage qu’elle allait mettre au monde une fille. A l’inverse, si les Tiare Tahiti cueillies étaient en bouton, elle allait mettre au monde un garçon.

Ce don des dieux au peuple polynesien

Dans son ouvrage, "la fleur polynésienne et la légende", Charles Teriiteanuanua Manu-Tahi se fait l’écho d’une légende racontant le don de la Tiare Tahiti aux hommes par les dieux du panthéon polynésien. Si l’on en croit cette légende, la Tiare Tahiti est une création conjointe d’Atea, dieu créateur de l’espace et du temps et de Tane*, dieu de la beauté.
Mais cette fleur superbe était si belle qu’elle devint « un sujet de dispute et de convoitise dans le dixième ciel ». Ayant eu vent de cela, Ta’aroa, le dieu suprême et créateur de toute chose demanda à voir cette plante. Il s’écria alors : « Tu es la plus belle créature de ma création » ajoutant, « je te bénis entre toutes mes créatures et tu seras la reine de toutes. »
Atea décida ensuite de confier sa création à la reine des sirènes Mihia I Te Tai qui résidait dans les régions sous marines. Elle accepta d’être la mère de ce que lui apportait le dieu Atea. Ce dernier lui donna alors le nom de sa création : Te Aho Purotu. Ce qui signifie « le souffle de la beauté. » Puis après avoir constaté que la chose avait germé, Atea pensa qu’il était temps de lui redonner sa liberté et de la libérer du corps de Mihia. Il déclara alors : « Aujourd’hui cette chose est devenue une plante mais l’esprit des dieux restera en elle. Les quatre premiers bourgeons appartiendront aux dieux et les six autres fleurs seront pour les hommes. » Et il en fut ainsi. Puis il conclut : « Maintenant qu’elle est dans la terre, elle ne portera plus le nom de Te Aho Purotu mais elle portera désormais le nom de Te Tiare a te nunaa mao’hi. »

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 La Tiare Apetahi est une espèce d'arbuste de la famille des Campanulaceae. Elle est endémique de l'île de Raiatéa en Polynésie. Cette plante ne pousse que sur le plateau de mont Temehani. Toutes les tentatives de transplantation dans d'autres parties de l'île  ou dans l'archipel des îles Sous-le-Vent ont échoué sans que les les botanistes ne puissent expliquer pourquoi. La fleur est caractérisée par ces cinq pétales présentes sur un seul côté de la fleur (représentant une demi-corrolle), rappelant la forme d'une main.

La Tiare Apetahi est en voie de disparition, victime des braconniers qui revendent cette fleur unique et symbole de l'île de Raiatea. En octobre 2008, seuls 5 plants subsistaient au Temehani (quelques 200 plants seraient encore dans une réserve naturelle interdite au public).

 Les légendes

Il existe de nombreuses versions sur  la tiare Apetahi. En voici une :

Un couple vivait bien heureux sur une île. Le bonheur rayonnait leur fare situé en bordure de mer. Tout les jours Apetahi et son Tane (mari) se levaient bercés par le vent frais guidé par les océans jusqu'à eux.

Le tane de Apetahi était pêcheur et il arriva un moment où le poisson ne mordait plus. Se faisant, il ramenait de moins en moins à manger au fare (maison). Voyant sa femme qui commençait à maigrir et à dépérir, il décida d'aller pêcher un peu plus loin... mais toujours rien. Les jours suivant, il s'éloigna de plus en plus.

Un jours arriva où Apetahi, se levant, ne trouva pas son tane près d'elle. Se disan-il qu'il pouvait être aller pêcher, elle sortit du fare tout en l'appellant, elle le chercha d'abord dans les environs ... mais sans succès. Elle décida de se rendre au point habituel où pouvait se rendre son tane pour pêcher... elle ne le trouva toujours pas.

Non loin se trouvait une colline où ,se disait-elle, elle pourrait mieux le voir. Elle se mit alors à l'escalader. Elle avait parcouru 100 m, 200m, bientôt 2km quand elle entendit une voix. Sentant qu'il s'agissait de celle de son tane, elle se retourna.
Le soleil commençait à se coucher. Quand Apetahi se retourna pour essayer en vain de distinguer ou de reconnaître le bateau de son tane, elle fut éblouie par le soleil. Essayant tant bien que mal de plisser yeux, elle leva alors sa main droite. C'est alors qu'elle tomba de la colline. Dans sa chute, elle se coupa la main.

Son tane, lui, revenait de pêche, se rapprocha du bateau fier d'avoir fait une bonne pêche et appelait tout haut sa femme. Qu'il avait hâte se disait-il de préparer un festin.
Mais hélas il ne la trouva pas. A son tour il se mit à la chercher, tout autour du fare, un peu plus loin, et encore un peu plus loin. Il observa alors la colline et Un frisson le parcourut.

Il courut vers cette colline, qui en se rapprochant, lui donnant encore plus de sueurs froides. Tout en courrant, il appelait Apetahi à tue tête. Il se passa plusieurs heures durant lesquelles le jeune homme la chercha ... mais sans succès. Epuisé, il s'assit près d'un rocher d'une allure tranchante. Se penchant et reprenant son souffle, il vit une fleurs blanche avec cinq pétales. Magnifique, belle et d'une senteur irrelle.
En la cueillant, il se dit que sa beauté ressemblait à celle de Apetahi, qu'elles avaient toutes les deux le même parfum.

Il ramena cette fleur au fare, la planta et prit soin d'elle en souvenir d'Apetahi. Il la baptisa : Tiare Apetahi.

Voilà, c'est tout pour cette fois-çi. A très bientôt

Nana