Ia orana à tous et toutes,

Aujourd'hui, côté scrap, je vous présente une page sur un incontournable : le tamure (prononcez tamouré) ou en tahitien le 'ori tahiti.

Voici :

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La danse à Tahiti est aujourd'hui connue à travers le monde et elle est associée de façon étroite à l'idée que l'on a généralement du mythe de la Polynésie. En effet qui de nos jours ignore le coup de hanche des vahine* à la longue chevelure, ornées de fleurs odorantes ou encore les danses viriles des tane* (mari, concubin, homme) aux impressionnants tatouages ? Si l'on ne méconnaît donc plus ces aspects de la danse tahitienne, son origine et la manière dont on la pratiquait avant l'arrivée des premiers Européens ne sont malheureusement jamais évoquées, réduisant la danse à ces quelques clichés exotiques.
Les motifs de cette lacune sont divers et notamment liés à l'interdiction de la danse à Tahiti par les missionnaires, ratifiée par le Code Pomare en 1842. Ces derniers condamnaient le caractère trop sensuel des chorégraphies.

Or, aujourd'hui que cet art est reconnu et revêt un caractère identitaire fort, je vous invite à remonter aux  véritables origines de ctte danse tahitienne. Car cette danse qui fait partie intégrante du quotidien des polynésiens... (les enfants l'apprennent dès la maternelle) a eu dans le passé de nombreuses fonctions.

La danse comme phénomène social

Présentation sommaire de la danse dans le Tahiti d'avant l'arrivée des Européens.

Tout d'abord, la plupart des auteurs s'accordent sur le fait qu'il existe plusieurs sortes de danse, bien distinctes les unes des autres. Concernant l'âge et le nombre d'interprètes, on ne connaît aucune limite effective; en revanche, la classe sociale joue parfois un rôle important. Les danses sont pratiquées autant par les femmes que par les hommes au sein de chorégraphies mixtes ou les séparant.

Les gestes fréquemment utilisés par les Tahitiens font intervenir abondamment les hanches que les danseuses font «rouler». Les mains ont également leur importance mettant en valeur tout un jeu avec les doigts. Enfin, on peut retenir encore des mouvements de la bouche particulièrement élaborés, que l'on n'exécute pratiquement plus aujourd'hui.

Les danses sont pratiquées au rythme des tambours, les pahu*, et au son de la flûte nasale, le vivo*. Elles sont aussi accompagnées, à d'autres occasions par des chants ou encore par un chœur qui soutient une voix en solo. Les lieux où sont donnés ces prestations sont variés et l'on danse à tout moment.

La danse dans le quotidien

La danse est source de plaisirs, de loisirs mais c'est aussi un art qui permet de manifester, de façon collective et par le moyen de l'expression corporelle, des sentiments forts, notamment la joie. Ainsi, la danse intervient dans différents divertissements quotidiens, que ce soit à l'intérieur même d'un jeu, comme dans la danse appelée la ponnara ou la uparaa, récompense offerte aux vainqueurs de lutte par exemple.

En outre, on s'amuse en travaillant, notamment lors de la fabrication de l'étoffe traditionnelle nommée tapa. À cette occasion, les femmes dansent au rythme des coups de battoirs qui servent à confectionner ce tissu végétal.

La danse accompagne également le Tahitien au cours de sa vie sociale lors d'étapes telles que le mariage. En effet, elle est alors présente tout du long de la cérémonie et intervient à plusieurs reprises au cours de la période des festivités.

Enfin, outre la présence de la danse lors des naissances et des funérailles, on remarque qu'elle peut suivre la guérison d'une longue et grave maladie.

L'éducation par la danse

Dans la société polynésienne d'autrefois, la danse fait également partie de l'éducation de la jeunesse. Les insulaires bénéficient d'une grande liberté sexuelle notamment au niveau des jeunes et il n'existe ni de censure ni de dissimulations à l'égard de choses jugées comme tout à fait naturelles. De cette manière, il s'agit en quelque sorte d'un éveil précoce à la sexualité qui prépare le corps et l'esprit à la vie adulte.

Cet état d'esprit nous permet de mieux comprendre le sens de mouvements qui mettent en avant de manière explicite la féminité, déterminée par l'exagération des mouvements de hanches, et la virilité illustrée par l'amplification artificielle des parties sexuelles pour les hommes.

Par ailleurs, à l'occasion de certaines danses, certains ont mentionné le caractère lascif des chorégraphies et ont évoqué le fait de la nudité. James Morrison l'explique en disant qu'il s'agit d'une volonté de séduire dans le but, pour les femmes, de trouver un époux . Ainsi, il existe des danses de séduction, telle que la utami*, et des danses provocatrices comme la «danse du tapa» ou la fin de la uparaa* qui sont à différencier car elles ne font pas appel aux mêmes interprètes et n'ont pas le même objectif.

Le caractère politique de la danse

 La danse politique

La danse permet par ailleurs d'assurer les relations entre les dignitaires de haut rang. De ce fait, les chefs peuvent organiser des heiva*(divertissement) dans le but d'honorer d'autres chefs, ou des amis, ou bien encore pour saluer la venue d'étranger. Des danses sont d'autre part données lors d'une présentation d'offrandes et en particulier lors de dons de grandes pièces de tapa (tissu végétal) d'un chef à un autre, ou alors d'un chef à un invité de marque.

Un chef peut aussi en organisant des divertissements, remercier la population. Par exemple, au terme de travaux collectifs d'intérêt général, ont lieu de grandes réjouissances au cours desquelles on festoie et l'on danse. Le capitaine Bligh, à la tête de la Bounty,mentionne qu'un chef à la possibilité de faire exécuter des danses en l'honneur d'un guerrier qui s'est particulièrement illustré au cours d'une bataille; la danse est dans ce cas témoignage de gratitude.

Aspect juridique de la danse

La danse prend une tournure juridique, quand elle permet de sceller la paix et de restaurer l'amitié entre deux familles ou deux clans. La danse apparaît alors comme une manifestation de la réconciliation et de pardon dans le cas où l'un des parti a été victime d'un décès. A la suite de diverses cérémonies, on organise un heiva qui a lieu dans la maison même de celui qui est coupable de la mort. Au cours de cette manifestation, un des proches parents du défunt, voir sa propre fille participe aux danses de façon remarquée. On s'offre ensuite réciproquement de nombreux présents traditionnels tels que des nattes, des étoffes en tapa.

La danse tahitienne est sortie de clandestinité dans les années 50 sous l’impulsion d’une poignée de danseurs militants (Madeleine Mou’a, puis Coco Hotahota dans les années qui suivent …), la pratique de la danse traditionnelle polynésienne, le Ori Tahiti s’est largement généralisée, voire démocratisée au cours de ces dernières décennies.  Aujourd'hui, les danses déclarées traditionnelles ont sans aucun doute évolué et sont certainement différentes en certains points de celles qui existaient avant l'arrivée des explorateurs. Elles ont perdu leur rôle social, religieux ou politique pour laisser place au simple plaisir du spectacle. Emissions grand public, succès de spectacles à grands budgets (les ballets de Tahiti Ora), les signes récents de cet engouement sont nombreux. A l’heure actuelle, on estime ainsi à plus de 6 000 le nombre de groupes étrangers pratiquant une forme de « Ori Tahiti » (source Conservatoire Artistique de la Polynésie française). Le festival de danse tahitienne ou Heiva i Tahiti, prévu durant le mois Juillet, est le plus ancien des festivals du monde entier.

Il existe, dans la danse tahitienne d’aujourd’hui, 4 grands types de danse :

 1. L’OTEA : ce devait être à l’origine une danse quelque peu guerrière réservée aux hommes. Elle est devenue la danse la plus célèbre des danses tahitiennes et comprend hommes et femmes, soit seulement des hommes, soit uniquement des femmes. Sa chorégraphie est organisée autour d’un thème et la musique d’accompagnement est constituée de motifs rythmiques, appelés « pehe »

 2. L’APARIMA : dans cette danse, ce sont les mains des danseurs qui miment l’histoire. Soit l’APARIMA est muet et il s’agit alors d’une pantomime, pratiquée généralement à genoux et accompagnée par le même orchestre que l’OTEA. Soit il est chanté, et les gestes se rapportent alors à un chant qui est accompagné d’instruments à corde

 3. L’HIVINAU : le nom de cette danse viendrait du terme anglais « heave now » que prononçaient les marins quand il s’agissait de tourner le guindeau ou le cabestan. Danseurs et danseuses évoluent en rond et un soliste masculin lance une phrase que reprend le chœur. L’orchestre est composé de « to’ere » (instrument de musique traditionnel, tambour de bois à fente), « fa’atete » (tambour plus moderne avec un anneau pour attacher la peau et il se joue avec deux baguettes de bois tendre) et « pahu » (ancien tambour sur pied) et le rythme est donné par les « hira ha aha ha » des danseurs

 4. LE PA’O’A : cette danse semble être l’héritière des gestes de la fabrication du « tapa » (étoffe végétale). Danseurs et danseuses sont accroupis et en demi-cercle. Un soliste vocal lance un thème auquel répond le chœur. Un couple se lève et exécute dans le cercle une danse brève, soulignée par des « hi » et des « ha »

Les autres archipels ont fortement subi l’influence de la danse tahitienne, mais ils ont su préserver certaines de leurs danses : « Danse de l’oiseau » aux Marquises, « Kapa » aux Tuamotu et « Pe’i » aux Gambier.

Pour rédiger ce post, je me suis inspirée de nombreuses lectures dont :

- l'excellent livre "Tahiti Ma'ohi" de Bruno Saura aux éditions au vent des îles.

- La danse à Tahiti, origines et sources de Marion Fayn.

Et pour terminer, quelques photos :

danseurs

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A bientôt

Nana