Ia orana à tous et toutes.

Aujourd'hui dans ce post, je vous présente du scrap et vous propose une petite immersion dans la culture polynésienne.

Tout d'abord, du scrap avec une page intitulée "Marae" (prononcez maraé). Voici :

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A l'origine, Le terme "marae" désignait  une place, ou un espace découvert où se tenaient des activités communautaires. En Polynésie, à l'époque des premiers contacts avec les européens, marae avait un sens restreint. Il désignait l'espace consacré à des activités socio-religieuses ou cérémonielles.   Le mot "marae" fut traduit par les premiers navigateurs par le mot "temple" cependant, il était bien plus qu'un centre d'activité religieux. Il était également le lieu d'une vie sociale et politique intense.

 Les fonctions du marae

Dans la société polynésienne traditionnelle, le marae occupait plusieurs fonctions :

- religieuse : c'était un lieu de culte où les prêtres (tahu'a) assuraient le service religieux.

- politique : tous les gouvernements devaient avoir un marae, lieu de consultation des chefs

- sociale : symbole d'une chaîne généalogique, il indiquait la position sociale. Plus un marae était ancien et important, et plus les ayant droits étaient d'un rang élevé.

- foncière : le nom du marae était toujours placé avant le nom d'un propriétaire. Il indiquait non seulement le rang mais servait de titre de propriété.

Les Polynésiens, les dieux et les marae

La société polynésienne traditionnelle était polythéiste. Il y existait des dieux pour chaque île, chaque chefferie, chaque famille et chaque corps de métier.

Chacun de ses dieux avait une fonction bien définie. Ils étaient tous différents mais pourtant tous complémentaires et indissociables les uns des autres.

Dans la relation entre les dieux et les hommes, le marae jouait un rôle fondamental. C’était en effet le seul lieu où les "atua" (les dieux) pouvaient être invoqués par les prêtres. Là, des rituels très complexes leur permettaient de s’incarner dans des idoles sculptées en bois ou en pierre.

C’est la venue des dieux sur un marae qui permettait aux hommes d’obtenir du "mana": la force divine génératrice de santé, d’équilibre, de fertilité, de force, etc… Une absence prolongée des dieux faisait faiblir le "mana" des hommes, les rendant donc vulnérables.. Toute réussite était due au "mana", et tout échec à sa faiblesse ou à son absence.

Le marae permettait donc d’assurer la communication entre le monde des hommes et celui des dieux.

Le "mana", fruit d’un échange avec les dieux

Seuls les "tahu’a", les prêtres, pouvaient accomplir ces rituels. Mais pour voir leurs requêtes aboutir, ils devaient faire des offrandes aux dieux.

En effet, ces derniers ne donnaient rien sans rien. Pour obtenir du "mana", il fallait leur offrir une contrepartie. Plus celle-ci était prestigieuse, plus les dieux se montraient généreux envers les hommes, d’où les sacrifices humains…

Cependant, ces sacrifices humains, dans les îles de la Société répondaient à des circonstances et des règles très particulières. Ainsi, ils ne pouvaient être pratiqués que sur les marae des chefferies.

  L'organisation du marae

Le marae était un enclos de forme rectangulaire dont les murs de pierres entouraient un "autel" (ahu). Des pierres dressées servaient à la fois de reposoir aux ancêtres ou aux Dieux, et de dossiers aux officiants. Plusieurs décorations cernaient l'enclos, comme les "unu" (sculptures en bois ornées de motifs géométriques).

Le marae était entouré de nombreuses constructions, tel que le "fare ia mahana", la maison des trésors sacrés (où se trouvaient tambours, nattes, vêtements des prêtres, …), et le "fare tupapa'u", où l'on célébrait le culte des morts.

La construction dumarae

L'emplacement d'un marae était choisi suivant certains critères :

•   sur les promontoires côtiers, surtout lorsqu'ils étaient proches d'une passe navigable permettant l'accès au lagon ;

•   sur les sites qui se trouvaient près de points d'eau car ce sont des secteurs bien drainés et non inondables ;

•  dans les îles Sous-le-Vent, les sites proches des carrières d'où provenaient les grandes dalles de corail que l'on utilisait pour la construction des marae, étaient souvent choisis.

Après avoir choisi le terrain et rassemblé les pierres, celui-ci était nettoyé et arrosé soigneusement par les prêtres avec de l'eau de mer pour le rendre sacré.

Les pierres utilisées pour la construction variaient selon le lieu du marae :

•  aux îles de la Société, il s'agissait toujours de pierres sèches.

•  aux îles Sous-le-Vent on utilisait surtout des dalles de corails, des blocs de roches basaltiques …

Le "ahu" avait souvent l'aspect d'une petite pyramide à étage. Les murs de l'enceinte du marae et le "ahu" pouvaient être composé de galets de rivières.

Chaque pierre d'un marae était placée d'une certaine façon afin que le site soit dans l'estime des Dieux.

Marae national et international

Généralement plus importants de taille et plus élaborés d'architecture, ces marae étaient réservés aux rois (ari'i). Ils étaient souvent situés sur des promontoires, hors des villages, ou à proximité du rivage, pour être accessibles des pirogues venues des districts plus éloignés. Les sacrifices humains n'avaient lieu que sur ces marae.

Le marae international de TAPUTAPUATEA

L'origine du marae Taputapuatea du district d'Opoa ( à Raiatea), premier des marae Tapuapuatea érigés en Polynésie orientale, fait l'objet de multitude de récits, seuls véhicules de l'histoire polynésienne, de tradition orale. Pour Teuira Henry, auteur de « Tahiti aux Temps anciens », ce marae serait le plus ancien des marae arii . Il n'aurait pas toujours été un marae international, mais, c'était un marae national du nom de Tini-Rau-Nui-Mata-Te-Papa-O-Feoro (Myriades fécondes qui gravèrent les roches de Feoro), avant la naissance d'Oro à Opoa.

Les huit pierres qui le composaient représentaient huit rois qui auraient régné sur le pays. Quand Oro, le roi de la guerre naquit à Opoa, selon la légende, son père lui donna pour demeure Opoa et le marae Feoro. Oro devint très puissant et reconnu par les habitants de Raiatea et des autres îles comme le dieu suprême. D'autres récits ne font remonter l'origine du marae d'Opoa qu'à une période relativement récente (17-18e siècle), à partir d'une pierre issue d'autres marae (marae Farerua de Bora Bora selon Marau ou marae Vaeara'i de Raiatea selon le Professeur Emory). Teuira Henry a qualifié le marae Taputapuatea d'Opoa de marae international en raison de son rayonnement dans le monde maohi. En effet, les prêtres, les chefs guerriers s'y rendaient périodiquement, venus de tous les coins du Pacifique : Tahaa, Bora Bora, Maupiti, Rarotonga, Rotuma (Fidji), la Nouvelle-Zélande. Ces pays formaient une grande alliance politique, religieuse et économique.

Considéré comme international, il a fait l'objet de travaux de rénovation en 1994-1995. Aujourd'hui entièrement réaménagé, le marae de Taputapuatea est devenu un site touristique.

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Présents sur toutes les îles de Polynésie française, les marae étaient donc la base du fonctionnement social, politique et religieux des sociétés polynésiennes

Il n’y a pas si longtemps, ces "tas de cailloux" n’avaient plus guère de sens pour grand monde, et certainement pas pour les touristes qui visitaient la Polynésie. Il a fallu attendre le 20e siècle pour que des fouilles archéologiques fassent ressurgir ces vestiges d’un autre temps, d’un monde disparu par la volonté des évangélisateurs. C’est grâce à ces fouilles que les marae ont trouvé une place nouvelle dans la société polynésienne pour devenir un incontournable culturel.

Malgré leur nombre incalculable et leur incroyable diversité, bien peu de ces marae sont aujourd’hui accessibles et en bon état. L’évangélisation et une végétation luxuriante et dévorante sont responsables, pour l’essentiel, de leur disparition du paysage. Ainsi, les pierres ont servi à bâtir des temples ou des églises et la plupart des autres sont envahis par toutes sortes d’arbres aux racines plus ou moins dévastatrices. Toutefois, un peu partout en Polynésie française, des sites remarquables ont été sauvés et sont aujourd’hui accessibles au visiteur curieux de l’incroyable richesse des sociétés polynésiennes pré-évangéliques.

Pour finir ce post, je vous montre une petite carte réalisée par Pimprenelle  que j'ai reçue dernièrement : 

 

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Merci beaucoup Pimprenelle pour cette superbe carte. Tu vois quand je dis que les délais postaux sont très variables voire très longs.... C'est vrai !

A très bientôt

Nana